Sirènes de la nuit pour oublier le jour
Pour vous plonger dans un monde hors du temps,
Hors d'un univers trop connu,
Monde aux plaisirs généreux,
Aux dangers incomparables.
Sirène du jour... Pour éclairer la nuit !
Eveil en casserole et fanfare de l'ouïe...
Un lit voisin qui gémit comme un navire,
Un placard qui claque comme une écoutille mal fermée,
Une douche qui hurle sa froideur matinale
Comme le son de la vague s'abattant,
Et des pas,
Le son s'amplifiant des pas,
Pas traînants mal assurés,
Pas rigides d'un matelot affrontant la tempête
Et surmontant cette foule,
Le pas tant redouté,
Pas mécanique et inaliénable,
Qui sans faiblir se rapproche...
Lors on s'aperçoit que le navire,
Vous-même,
Tangue dangereusement...
Perte finale du monde imaginaire
Eveil du toucher
Conscience et redécouverte
D'un univers trop connu.
Eveil de la vue !
Les yeux clignotent, la vue se trouble
- Sont-ce des brumes marines ? -
Une montagne vous fait face et alors vous reviennent en bloc
Le souvenir d'un gardien d'internat dans un lycée de province
Et toutes sortes d'autres barbaries.
Mécanismes du lever
Puis une fois la porte du dortoir franchie
Eveil timide de l'odorat
Sur un café fumant
Eveil du goût sur des amuse-gueules
En guise de petit déjeuner.
Plus tard
Relevant les yeux d'un cartable que l'on vient de fermer
Et dont le son retentit dans vos oreilles
Comme un marteau sur une porte
Qui bientôt s'ouvrira
Le contact sur votre front d'une fenêtre voisine
Ouverte sur cette journée naissante
Mêlée aux effluves pré printanières
D'une nature s'éveillant elle-même
Semble vous laisser un goût de madeleine
Que vous préférez refouler
Faute de devoir plus tard buter
Sur un plus mauvais pavé.
Décembre 1986